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Conduite automobile et AVC

La reprise de la conduite automobile après un un AVC est source de tensions entre soignants et patients. La voiture est de nos jours un outil indispensable de l'autonomie, un prolongement naturel de la personne dans ses déplacements et nombre de patients n'envisagent pas de l'abandonner. Après un AVC, de nombreuses séquelles peuvent pourtant gêner la conduite automobile :

- problèmes moteurs (hémiplégie, troubles de la sensibilité…) et ralentissement

- problèmes attentionnels et de mémoire

- problèmes neurovisuels touchant l'exploration spatiale (hémianopsie latérale homonyme, négligence spatiale unilatérale

- problème de langage et de communication

- problèmes de gestion émotionnelle

- fatigabilité

Beaucoup de patients estiment pouvoir conduire malgré ces difficultés car la conduite est un processus le plus souvent automatique et ils ne ressentent pas le travail cognitif qu'elle induit. Sauf que…
Sauf que, même en mode automatique, on doit :

- pouvoir accéder à l'intégralité de son champ visuel pour voir arriver la voiture ou le piéton qui coupent nos routes,

- pouvoir réagir rapidement et être constamment attentif pour réagir avec promptitude aux imprévus (la voiture de devant qui freine sans raison apparente, les mouvements inattendus d'un gamin sur le bord du trottoir)

- comprendre les messages verbaux d'alerte, les panneaux de signalisation touchant à la sécurité sur autoroute, s'exprimer en cas de panne en rase campagne et sans matériel, communiquer avec les autres automobilistes ou la maréchaussée

- ne pas casser la figure à celui qui vous a grillé une priorité ou a freiné trop vite devant vous

- ne pas s'endormir au volant et aller dans le platane ou "simplement" s'assoupir et faire des embardées dangereuses pour tous

Conduite automobile et AVC

Que dit la législation ?

L'arrêté du 9/02/1999 (ici : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005627532) relatif aux conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduite stipule que tout conducteur atteint d'une affection contenue dans le dernier arrêté en vigueur (soit celui de 2010) doit effectuer une visite médicale d'aptitude à la conduite en préfecture.

Dans l'arrêté du 31 aout 2010 (ici : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022816662&categorieLien=id), le législateur prévoit une liste d'affections médicales "incompatibles avec la conduite automobile" ou "pouvant donner lieu à la délivrance d'un permis pour de durée de validité limitée". L'AVC fait partie de ces affections médicales et "nul n'est censé ignorer la loi"

L'arrêté du 17 juillet 2012 (ici : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000026200519&categorieLien=id) relatif au contrôle médical et l'arrêté du 31 juillet 2012 (ici : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000026310765&categorieLien=id) relatif à l'organisation de ce dernier précisent la procédure de recours à un médecin de ville "agréé consultant hors commission médicale".

NB : le médecin qui contrôle l'aptitude à la conduite ne peut pas être le médecin traitant, même si ce dernier est agréé.

Quel est le risque ?

Ne pas être couvert par son assurance en cas d'accident (en cas de dommages corporels graves ou de décès, les préjudices peuvent s'élever à plusieurs millions d'euros…).

Que dit le bon sens ?

Afin de ne pas se mettre en danger et ne pas mettre en danger autrui, le patient :

- ayant des séquelles

- ressentant des séquelles

- s'étant entendu dire par l'équipe soignante et médical ou ses proches

- s'étant fait démontrer examens à l'appui qu'il a des séquelles

devrait s'assurer de ses capacités en effectuant les vérifications préconisées par l'équipe soignante et médicale ou interroger son médecin à ce sujet .

Quelles seront ces vérifications proposées souvent dès l'aigu ?

Un examen des champs visuels permettra d'éliminer un trouble de l'exploration spatiale.

Le feu vert d'un kinésithérapeute, d'un ergothérapeute ou d'un psychomotricien sera souhaitable sur le plan de la force physique et de la coordination si celles-ci ont manqué en phase aiguë.

Le neuropsychologue et l'orthophoniste pourront fournir des avis sur les capacités de compréhension, d'attention et de mémoire à court terme de la personne.

Le neuropsychologue, le psychiatre, le psychologue clinicien seront les mieux formés pour déterminer si des troubles psycho-comportementaux (agressivité, impulsivité, apathie…) seront susceptibles de gêner la conduite automobile.

Les professionnels lanceront dès l'hospitalisation des signaux d'alerte au patient concernant cette capacité de conduite (en particulier en présence de troubles moteurs ou neurovisuels).

Conduite automobile et AVC

Le médecin hospitalier a un devoir d'information du patient mais n'a pas le droit du fait de l'obligation du secret médical d'engager lui-même la procédure de vérification auprès du médecin agréé ou de la préfecture. Il appartient depuis 2010 au patient de faire la démarche seul ( et d'ailleurs à ses frais - 33 euros -) de consulter un médecin agréé pour vérifier son aptitude.

L'annonce spécifique de difficultés attendues pour la conduite est parfois mal appréciée, mal transmise par le médecin ou mal comprise par son patient. L'état de santé en hospitalisation initiale est amené à évoluer parfois rapidement grâce à la rééducation. C'est souvent au retour au domicile que se posera la question de la reprise du véhicule.

Dans les prochaines années, cette annonce sera probablement mieux systématisée et précisée.

Pour aller plus loin, certains centres de rééducation fonctionnelle, certains médecins neurologues disposent d'équipement de simulation de la conduite automobile ; il y a également possibilité parfois de faire des essais en vie réelle dans des véhicules à double conduite (type véhicule d'auto-école). Au moindre doute, il est important d'en parler à son médecin traitant ou à son neurologue.

Et un lien bien utile quand il faut repasser le permis ou simplement quelques leçons... à Berck (Fondation Hopale)

http://www.fondation-hopale.org/Programmes/Insertion/Conduite-adaptee

Tag(s) : #AVC, #5 Séquelles possibles de l'AVC, #6 Rééducation post AVC

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