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Un AVC est susceptible de bouleverser l'entièreté d'une personne : si certains patients paraissent facilement le surmonter et s'attaquer sereinement à la rééducation, de nombreux autres vivent difficilement les retentissements de l'AVC en aigu comme à distance.

L'AVC représente un choc émotionnel, quel que soit sa gravité. L'individu qui vit ne serait-ce que passagèrement des symptômes l'affaiblissant sans qu'il puisse en aucun cas agir dessus vit la détresse de se perdre soi-même. Même si cette expérience est fugitive, le contrôle que toute personne imagine avoir sur sa vie, le sentiment de puissance, la croyance en ses propres capacités de résilience sont mis en échec.

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Un AVC "trop facilement" vécu ?

De nombreux facteurs peuvent expliquer que certaines personnes, même si elles gardent des séquelles importantes de leur AVC, surmontent bien cette expérience : 

- certains ont déjà vécu l'expérience de la maladie ou d'une incapacité passagère à plusieurs reprises et ont gardé la conscience qu'il était possible de se sortir de ces situations sans trop de dommages

- d'autres ont des lésions touchant la capacité à se représenter à soi-même sa propre situation de santé, sont neurologiquement incapables de prendre en compte leurs déficits (on parle d'anosognosie)

- d'autres encore ont une force intérieure liée à leur histoire personnelle, à leur développement psychologique, à leurs croyances et valeurs... qui fait qu'elles mettront en place quel que soit le préjudice psychologique ou physique rencontré des capacités de résilience supérieures à la moyenne

- pour certains encore le milieu dans lequel ils évoluent après l'AVC, familial, soignant, se révelera tellement positif et enthousiaste qu'il permettra une récupération ressentie comme optimale, source d'un meilleur vécu pour la personne touchée

L'AVC touche inégalement des personnes non égales par ailleurs ; il est bien logique que chaque histoire d'adaptation à l'AVC soit strictement individuelle. 

 

Des répercussions psychologiques

L'expérience de l'AVC peut constituer un traumatisme susceptible de se réveiller à distance de l'épisode initial : une personne qui se croyait sortie de son histoire d'AVC se trouvera envahie par une angoisse inhabituelle et incontrôlable lors d'un épisode bénin de mal de tête, pourra faire des cauchemars itératifs du moment de l'AVC, voire être envahie au quotidien par des images de sa situation au moment de l'AVC... Une prise en charge psychologique spécialisée doit dans ce cas être recherchée rapidement auprès d'un psychiatre ou d'un psychologue formé à ce type d'intervention.

Les séquelles motrices et/ou cognitives déclenchent régulièrement des tableaux de dépression réactionnelle : la personne perd l'estime d'elle-même, ne s'implique plus dans des activités pourtant à sa portée, se replie sur elle-même, perd appétit et sommeil, paraît triste ou neutre en toutes circonstances...

Certaines personnes ayant un antécédent d'AVC vont également développée une anxiété importante et inhabituelle, portée sur une situation (par exemple ne plus supporter l'hôpital, les soins...) ou sur un ressenti (céphalée bénigne faisant redouter une récidive...). Le rythme cardiaque s'accélère, la personne transpire, respire plus fort, veut fuir la situation stressante...

 

Pour peu que ces désordres psychologiques soient signalés au médecin traitant ou au spécialiste qui suit les séquelles de l'AVC, il est possible de les prendre en charge spécifiquement, soit par un accompagnement psychologique, soit par un traitement médicamenteux de durée et d'intensité adaptées. Le médecin orientera si besoin la demande vers d'autres professionnels.

Un manque de contrôle émotionnel d'origine neurologique

Certaines blessures cérébrales - par exemple frontales ou touchant l'hémisphère droit - vont générer des troubles de l'adaptation comportementale. Une personne qui jusque-là savait contrôler ses émotions en fonction des circonstances a plus de mal à s'ajuster et peut parfois choquer par des réactions inadaptées. Par exemple, sourire voire rire dans des circonstances très tristes comme un décès, ou bien se montrer neutre ou indifférent quand tout son entourage partage une intense émotion positive. Des patients ayant des antécédents vasculaires cérébraux vont passer régulièrement et sans qu'ils aient l'impression de pouvoir le contrôler du rire aux larmes.

L'entourage a alors du mal à comprendre ce changement d'attitude d'une personne dont il pensait cerner l'éventail des réactions. Cette incompréhension peut amener le rejet, l'agressivité ou pour le moins un déphasage insatisfaisant avec la personne cérébro-lésée ; il est nécessaire que l'entourage signale rapidement aux soignants et aux autres professionnels (médecin de médecine physique et de réadaptation, neurologue, psychologue ou neuropsychologue...) ce type de situation afin de ne pas laisser la communication se dégrader.

Pour résumer, quoi faire ?

Comme nous l'avons vu, la personne atteinte par l'AVC peut ne pas se rendre compte elle-même qu'elle est changée dans ses modalités d'expression émotionnelle. La dépression, fréquente après un AVC, peut lui faire penser que ses réactions sont inadaptées alors qu'elles ne le sont pas. Des troubles émotionnels d'origine neurologique ne sont souvent pas perçus par les personnes qui en souffrent. Dans tous les cas, la personne touchée en premier lieu par des difficultés émotionnelles ne sera pas toujours à même ou désireuse d'entamer un processus d'identification et d'amélioration de ses problèmes...

Il est important pour chacun, la personne concernée ET son entourage, de trouver dans la communication une façon que chacun puisse exprimer son ressenti et son mal-être dans la relation si celle-ci est à risque de se détériorer. Dire à une personne qu'elle n'a pas eu un comportement adapté dans une circonstance particulière ne doit pas être culpabilisant pour son aidant : s'il ne le fait pas, qui le fera pour que son proche puisse s'adapter au mieux ultérieurement ?

De la même façon, la personne ayant un antécédent d'AVC doit se sentir autorisée à exprimer ses émotions et sa difficulté éventuelle à les maîtriser. Si elle ne peut le faire dans son milieu familial, il est également possible de le trouver en dehors du foyer (amis, collègues) ou auprès de professionnels experts de la relation (psychiatres, psychologues).

La récupération d'un AVC  s'inscrit dans le temps de façon différente d'une personne à une autre. Il arrive fréquemment qu'une personne réagisse très bien à l'expérience de l'AVC tout le temps de l'hospitalisation initiale et qu'elle s'effondre au retour à domicile (ce qui est source d'une grande incompréhension et parfois de culpabilité pour son entourage).

Il faut bien s'imaginer que la récupération d'un AVC avec séquelles motrices ou cognitives est une course de fond et pas un sprint, qu'il faut souvent des mois, voire des années pour s'en remettre... D'où l'importance de gérer au mieux ses ressources émotionnelles tout au long de cette période.

 

Dans tous les cas, bien accompagnés (familialement voire professionnellement), la souffrance psychologique et les désordres émotionnels peuvent s'atténuer au fil du temps.

Troubles émotionnels et de la sphère affective
Tag(s) : #6 Rééducation post AVC, #5 Séquelles possibles de l'AVC, #3 Prise en charge aigue, #AVC

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