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Pour mes collègues cliniciens

La psychologie s'est complexifiée au fil des années et comporte maintenant plusieurs spécialisations. Parmi ces spécialisations et orientations, on peut distinguer la neuropsychologie (qui étudie les conséquences d'une atteinte organique cérébrale) et la psychologie clinique (qui s'intéresse à toutes les dimensions émotionnelles et affectives d'une personne) pour faire très court.

Après un AVC, il est souvent utile (quand c'est possible) de rencontrer le neuropsychologue (pour évaluer les séquelles de l'AVC sur la mémoire, le langage, la vision, le comportement) ET le psychologue clinicien car l'AVC constitue un choc psychologique intense comme je l'ai déjà mentionné ailleurs.

Psychologue spécialisée en neuropsychologie, je m'imagine régulièrement la difficulté pour des psychologues cliniciens connaissant moins bien la neurologie d'accompagner les personnes ayant des manifestations neurologiques touchant leur fonctionnement cognitif et émotionnel. Ces prises en charge ne leur sont pas habituelles, d'où l'idée de cet article.

Après un AVC, les patients peuvent ainsi développer des troubles de la mémoire, des troubles du langage, des troubles de la sphère émotionnelle… pouvant gêner le travail thérapeutique avec un psychologue clinicien. Les psychologues cliniciens acceptant de prendre en charge des personnes ayant un antécédent d'AVC doivent ainsi s'informer sur les séquelles post-AVC.

Les troubles de mémoire touchent le plus souvent les nouveaux apprentissages. Les patients souffrant d'AVC n'effacent généralement pas certaines années de leur vie comme cela peut se produire dans le traumatisme crânien.

Les troubles du langage se manifestent par des manques du mot (la personne n'a pas accès à son stock lexical, a des conduites d'approche), des paraphasies (le patient échange un mot pour un autre sans qu'il s'agisse de lapsus). Le patient aphasique peut tout particulièrement bénéficier de thérapies à médiation corporelle, musicale, plastique...

Les troubles neurovisuels et attentionnels peuvent gêner la prise en compte de ce qui est situé dans un côté du champ visuel ou de l'espace : le thérapeute doit alors être vigilant à se positionner dans la partie de l'espace bien perçue par le patient (s'il existe un trouble moteur, le trouble attentionnel se portera sur le côté de l'hémiplégie).

Les troubles émotionnels sont fréquents après un AVC : le choc psychologique, le contrecoup dépressif de la prise en compte des séquelles, la perte d'autonomie au long cours... peuvent utilement être accompagnés sur le plan psychologique et faire l'objet de thérapies spécifiques.

 

La famille des personnes ayant présenté un AVC éprouve elle-aussi souvent un désarroi intense. Au long cours, la non-prise en compte de ce mal-être peut conduire à une majoration des répercussions de l'AVC sur le plan personnel : la souffrance psychologique du survivant de l'AVC comme de l'aidant détériore la qualité de vie de toute la constellation familiale. 

 

Pour les patients (ces propos n'engagent que moi)

Bien choisir son thérapeute n'est pas simple. Les articles figurant dans les annuaires donnant leurs coordonnées sont souvent rédigés par eux-mêmes. S'ils donnent une idée de leur qualités stylistiques, elles ne préjugent pas de leurs qualités de thérapeutes. Les avis donnés par des patients peuvent parfois avoir la même valleur que celles de guides culinaires...

Pour apprécier la qualité d'un thérapeute, on peut par exemple lui demander ses orientations théoriques, quels diplômes il a (se méfier des formations exclusivement courtes), s'il exerce depuis longtemps, s'il a déjà exercé ou exerce parallèlement en institution, s'il réactualise régulièrement sa pratique avec des formations, s'il est supervisé dans son activité par un pair... 

Il n'y a pas de miracle : on ne peut résoudre l'ensemble des séquelles psychologiques d'un AVC par une thérapie brève. Les thérapeutes proposant des séances uniques ou des thérapies en deux ou trois séances me paraissent suspects a priori ; leur thérapie ne peut probablement pointer qu'une partie du problème. L'accompagnement n'a pas besoin d'être intense si les séances peuvent être proposées au bon moment du cheminement psychologique.

Etant psychologue, j'aurais tendance à recommander des collègues psychologues (titre protégé, diplôme délivré par une faculté de sciences humaines couronnant cinq années d'études, comportant des stages... permettant de garantir un relatif équilibre personnel et une reconnaissance des pairs) tout en reconnaissant que certains psychothérapeutes sont brillants et que beaucoup font du très bon boulot.

NB pour les patients : 

Bien choisir son thérapeute, c'est par exemple lui demander ses orientations théoriques, quels diplômes il a (se méfier des formations exclusivement courtes), s'il a déjà exercé ou exerce parallèlement en institution, s'il réactualise régulièrement sa pratique avec des formations, s'il est supervisé dans son activité par un pair...

Etant psychologue, j'aurais tendance à recommander des collègues psychologues (titre protégé, diplôme délivré par une faculté de sciences humaines couronnant cinq années d'études, comportant des stages... permettant de garantir un relatif équilibre personnel et une reconnaissance des pairs) tout en reconnaissant que certains psychothérapeutes sont brillants et que beaucoup font du très bon boulot.

La séance chez un psychologue coûte approximativement entre 50 et 60 euros dans mon secteur (petite ville de province). Rappelons au passage que le psychologue paie un local, des charges...

Cette somme n'est pas remboursée par la CPAM, le psychologue ne dépend pas du code de la Santé, ne travaille de ce fait pas sur prescription médicale. Certaines mutuelles prennent en charge une partie des frais de consultation, s'y renseigner.

Le frein financier ne doit pas empêcher l'accès au soin psychique : il est souvent possible d'accéder à des consultations psychologiques prises en charge par la CPAM dans les hôpitaux (consultation de suivi post AVC ? groupe de soutien ?), dans les centres médico-psychologiques de secteur... Certaines associations peuvent également proposer un accompagnement psychologique. La consultation d'un psychiatre (médecin) est prise en charge dans la plupart des cas intégralement par la CPAM.

Votre neurologue ou votre médecin traitant, vos autres professionnels de santé (orthophoniste, kinésithérapeute, neuropsychologue) peuvent vous aiguiller vers une prise en charge.

Tag(s) : #6 Rééducation post AVC, #AVC, #le coin des soignants

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