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Une des séquelles rarement abordée après un AVC touche la sexualité. Notre culture française ne nous fait pas facilement évoquer le problème publiquement, ni même avec un professionnel de santé. Pourtant, il s'agit d'un sujet assez central dans la vie d'un individu : rappelons-nous l'importance que le sujet revêtait dans notre esprit avant tout accomplissement, que dire de l'importance de retrouver une vie sexuelle quand on y a connu un certain épanouissement. 

Bien sûr, et c'est le cas d'un certain nombre de personnes, on peut se dire qu'après l'épreuve de l'AVC, la sexualité est mise au second plan derrière tous les petits combats de la vie quotidienne (retrouver la motricité, revenir au domicile, retrouver un travail…). Je m'autorise à penser en tant que psychologue (et j'ai quelques éléments d'entretien pour le valider) qu'il n'est pas utile d'éluder la question et qu'en parler tôt après l'AVC éviterait beaucoup de problèmes. L'absence de vie sexuelle post-AVC contribue à la baisse d'estime de soi et à l'installation de problèmes de couple. Ma politique est toujours la suivante : quand on peut éviter de surajouter à l'handicap post-AVC, on s'y attelle dès que possible.

L'avantage d'un article dans ce blog, c'est qu'il peut permettre d'ouvrir le débat : des consultations spécialisées existent, avec des sexologues, avec des médecins rééducateurs spécialisés, avec des psychologues, auxquels vous pourriez confier vos éventuelles difficultés et, c'est pas dommage, qui pourraient vous aider à trouver des solutions.

Après, on n'oblige personne, il y a plein de façons de s'épanouir dans la vie. On dira que je m'adresse à partir de maintenant dans cet article à ceux qui rencontrent des difficultés sexuelles après un AVC et qui souhaiteraient que ça s'arrange… :-)

 

D'abord, de quoi parle-t-on ? 

Evidemment, je ne renie en rien l'importance du psychisme sur ces limitations à l'exécution de l'acte. Sans aucun souci de santé, on peut avoir des pannes, des "pas-envie", des "j'me sens pas belle/beau", alors que dire des motifs de refuser ou "d'échouer" lors d'un acte sexuel quand on souffre encore d'une hémiplégie, de douleurs ou autre...

L'handicap physique résiduel (hémiplégie, trouble de la représentation de son propre corps…) peut gêner l'image que la personne atteinte par l'AVC a d'elle-même ou l'image qu'a de lui ou d'elle son partenaire. Encore une fois, beaucoup de communication, une médiation professionnelle éventuelle, un travail sur soi et sur la relation sont susceptibles de faire évoluer favorablement ces aspects.

Bien qu'elles soient mal connues, il existe fréquemment des difficultés sexuelles après l'AVC. Parlons technique, puisque technique il y a, indubitablement. Il peut s'agir :
- d'une perte de libido, soit une perte ou une baisse du désir
- d'une perte ou d'une limitation de la fonction érectile (pénienne ou clitoridienne) gênant la bonne réalisation de l'acte ou l'atteinte d'un plaisir satisfaisant…

 

Alors, quoi faire ?

Déjà situer le problème. Qu'est-ce qui cloche autour de la relation sexuelle ?

1) Est-ce que c'est plus généralement un problème de couple, parfois pré-existant à l'AVC et que celui-ci n'a fait que renforcer ? 

La fragilité d'un couple est mise à rude épreuve par l'AVC. Le travail pour tenter de retrouver du sens à être ensemble sera gêné par les suites de l'AVC, d'autant plus s'il y a des séquelles cognitives chez la personne qui a subi l'AVC. Le devenir du couple dépendra du degré de désaccord pré-existant et de la bonne volonté des partenaires à souhaiter sauver leur union. Si la communication est encore possible et que l'envie est là, un travail avec un thérapeute conjugal peut être tenté. L'entreprise sera énorme puisqu'il faudra solder les comptes relationnels d'avant l'AVC et remettre en oeuvre des raisons de vivre ensemble. La question de l'entente sexuelle ne viendra probablement qu'après.

 

On ne doit pas se cacher l'ampleur de la tâche : le nombre de divorces ou de séparations dans les années qui suivent l'AVC est significatif. Le mieux encore une fois est d'envisager les problèmes dès qu'ils se présentent et de tenter d'y remédier au plus tôt par une communication vraie sur ce que chacun ressent et projette. L'AVC peut aussi être l'occasion d'une redéfinition des sentiments et du projet de vie commun : la confrontation au risque de mort du partenaire, la conscience d'avoir surmonté ensemble une épreuve difficile, d'avoir pu compter l'un sur l'autre... peut aussi changer favorablement la donne dans le couple.

2) Est-ce qu'il s'agit d'un problème de représentation de l'acte

Les sentiments sont là, l'entente intellectuelle et le désir toujours intacts mais le couple souffre de ne pas parvenir à retrouver la qualité physiologique des ébats sexuels d'avant l'AVC.

D'abord, rappelons que si la sexualité se résolvait à la pénétration d'un vagin par un pénis, elle occuperait un peu moins nos pensées. Après qu'est-ce que doit être un acte sexuel normalement satisfaisant ? Chacun en a une définition qui lui est personnelle et susceptible d'évolution au fil des années et de l'expérience.

Introduire de la créativité, du jeu, faire appel à des stimulations corporelles (massages, lubrifiants…) ou intellectuelles (films, lecture…) lors de l'acte sexuel peuvent permettre d'accéder à un plaisir différent mais non moins agréable. Que l'acte sexuel trouve ou non sa conclusion dans l'émission de quelques ml de liquide séminal pourra devenir extrêmement secondaire. L'aménagement matériel de l'acte sexuel peut être anticipé en cas de handicap pour faciliter sa fluidité.

L'idée reste de préserver un plaisir corporel et une sensualité partagés. L'écoute de l'autre et la volonté de lui faire accéder à ce plaisir aménagent toujours de bonnes relations de couple. 

 

3) Est-ce qu'il s'agit d'un problème de représentation du partenaire et de la relation ?

L'handicap gêne parfois considérablement la représentation qu'a une personne d'elle-même, d'autant que dans l'AVC, il s'installe brutalement. L'image qu'a le partenaire de la personne atteinte par l'AVC peut également avoir été fortement transformée. Comment fonder une relation sexuelle harmonieuse si le désir des corps n'est plus établi ? 

Le désir est une petite chose fragile : se sentir désirable dans le regard de l'autre est essentiel pour la personne atteinte par l'AVC comme pour tout le monde. Quand les sentiments sont présents, il est indispensable de formuler explicitement ce désir mutuel s'il n'est plus évident implicitement.

La personne atteinte par l'AVC peut se sentir diminuée, avoir l'impression que son/sa partenaire reste par pitié auprès de lui/d'elle. Parfois, par pudeur, par peur de blesser, le sujet du handicap, de l'atteinte physique n'est pas évoqué et peut faire l'objet de part et d'autre de vastes malentendus. Le/la partenaire qui n'ose pas proposer l'acte sexuel par peur de faire mal, de fatiguer, de paraître trop-en-attente ne se doute bien souvent pas des affres dans lesquels il/elle plonge la personne atteinte par l'AVC : celle-ci se questionnera sur la relation, sur le désir, se projettera dans l'échec à venir et la séparation… ce qui alimentera encore plus l'échec de l'acte sexuel s'il a lieu secondairement.

Bref, il est souhaitable d'exprimer le désir peut-être plus explicitement qu'avant, de proposer aussi facilement qu'avant une relation intime, aménager si besoin le rapport sexuel en fonction du handicap, prendre en compte tout autant qu'avant la disponibilité de chacun des partenaires pour l'autre...

 

Quelles peuvent être les solutions techniques ?

Les limitations physiques de l'érection peuvent être liées à l'AVC lui-même, aux traitements qui ont été prescrits à la suite de celui-ci (pour la tension, pour le moral…).

Les solutions techniques s'adressent pour la plupart aux hommes (l'obtention d'une érection correcte reste longtemps un sujet sensible). La perte du plaisir lié aux zones érogènes chez les femmes souffrant de troubles neurologiques ne semble pas avoir jusque-là beaucoup ému les chercheurs. Notre temps viendra (peut-être).

Pour les hommes, donc, il existe : 

- des traitements oraux (attention aux troubles cardiaques et aux médicaments pris parallèlement en lien avec l'AVC ou autre)

- des traitements locaux en crème ou en injection intra caverneuse (alprostadil)

- des prothèses péniennes

Pour toutes questions, un site très bien fait décrit tous les tenants et aboutissants de la dysfonction érectile

Rappelons aussi que le site attaque cérébrale a mis en ligne un article très bien fait concernant l'acte sexuel post-avc

 

 

Le cas particulier : quand l'AVC est intervenu au moment de l'acte sexuel...

Quand l'AVC s'est manifesté au moment de l'acte sexuel, il peut être difficile pour les deux partenaires d'envisager sereinement une reprise des ébats. Peur de la récidive et culpabilité gênent la pratique insouciante des activités, même quand il n'y a aucune séquelle physique. L'image du partenaire en train de développer les signes de l'AVC envahit l'espace.

Là encore, une aide pourra être ponctuelle mais beaucoup de communication entre les partenaires et le fait de se réhabituer graduellement à des pratiques progressivement demandeuses physiquement  devrait faire rentrer les choses dans l'ordre.

Dans certains cas extrêmes, l'association psychologique entre l'AVC et la relation sexuelle devient pathologique, de l'ordre du stress post-traumatique. Des thérapies spécifiques pourront alors être proposées, telles que l'EMDR.

 

 

 

Petite remarque pour détendre l'atmosphère et se réautoriser à vivre : beaucoup d'AVC ont lieu sur un effort de défécation. Jusqu'à présent on n'a jamais tenté d'empêcher les patients qui en avaient été victimes en allant aux toilettes d'arrêter d'y aller.
La faculté est formelle : il y a plus de risques pour la santé à s'empêcher d'avoir une vie sexuelle si on en a envie (retentissement sur l'humeur et l'envie de vivre garanti) que de pratiquer régulièrement.
A bon entendeurs ! :-)

 

En résumé, si vous rencontrez des difficultés d'ordre sexuel après un AVC ou l'AVC de votre partenaire, n'hésitez pas à en parler avec votre médecin (traitant, neurologue, MPR) ou à un professionnel de santé de confiance qui vous aiguilleront vers un accompagnement ou des soins adaptés.

Tag(s) : #AVC, #7 Groupe de soutien, #9 Familles

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